La viralité du mème s’est amplifiée grâce aux outils d’IA générative, permettant aux utilisateurs de produire une multitude de variantes visuelles. La propagation s’est étendue jusqu’à Roblox[1], où les joueurs ont intégré le personnage dans leurs créations.
De la viralité au conflit : un enjeu de propriété intellectuelle autour des créations générées par l’IA
La mécanique du jeu Steal a Brainrot[2] consiste à voler des personnages « brain rot »[3] aux autres joueurs et à les acheter grâce à la monnaie virtuelle du jeu. Tung Tung Sahur devient alors un actif numérique monétisable, repris sans autorisation de son créateur.
Estimant que son œuvre était exploitée commercialement sans rémunération, l’influenceur Noxa a sollicité un collectif d’artistes et d’avocats, afin de faire reconnaître ses droits sur le personnage.
Le collectif a ainsi pris contact avec le développeur de Steal a Brainrot, qui a immédiatement retiré le personnage du jeu. En parallèle, Mementum Lab a entrepris des démarches de dépôt de marque auprès de l’INPI, afin de sécuriser les droits patrimoniaux et d’encadrement commercial du personnage.
Au-delà du conflit, Tung Tung Sahur est devenu un objet culturel valorisé, notamment à travers des expositions ou par l’ouverture d’un pop-up store dédié, générant de nouveaux revenus pour Noxa.
Un cadre juridique encore incertain pour les œuvres hybrides IA/humain
L’affaire révèle les tensions autour de la protection des créations générées à l’aide de l’intelligence artificielle.
Aux États-Unis, après le refus en 2023 de protéger les œuvres produites via Midjourney[4], le Bureau du droit d’auteur a assoupli sa position en 2025[5], enregistrant désormais plus d’un millier d’œuvres combinant intervention humaine et IA.
En France, le recours au dépôt de marque et aux licences accordées à d’autres jeux constitue une première tentative de sécuriser les droits économiques du créateur humain dans un contexte où le droit d’auteur peine encore à appréhender ces productions hybrides.
Propriété intellectuelle et viralité algorithmique : un tournant clé pour encadrer les contenus générés par IA
L’affaire Tung Tung Sahur met en perspective les limites des régimes juridiques existants en matière de propriété intellectuelle face à des créations qui circulent, mutent et se monétisent très rapidement.
Celle-ci interroge à la fois la valeur économique des œuvres générées par IA et la place du créateur humain dans ces processus.
Le traitement juridique de ce dossier, en France comme à l’international, constituera un indicateur majeur de la façon dont les autorités envisagent la protection et la monétisation des contenus générés par IA. Il pourrait même annoncer les futures lignes directrices du droit d’auteur numérique, dans un monde où les frontières entre création humaine, production générative et appropriation économique deviennent de plus en plus mouvantes.
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Le cabinet HAAS Avocats est spécialisé depuis trente ans en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. Il accompagne de nombreux acteurs dans le cadre de la gestion de leurs portefeuilles de marques et gère notamment les contentieux judiciaires et extrajudiciaires en matière de marques. Dans un monde incertain, choisissez de vous faire accompagner par un cabinet d’avocat fiable. Pour en savoir plus, contactez-nous ici
[1] Roblox est une plateforme en ligne qui combine jeu vidéo, création de contenus et économie virtuelle.
[2] Steal a Brainrot est un jeu développé par un des créateurs de Roblox, Sammy, et intégré à la plateforme.
[3] Le concept repose sur les codes des contenus « brain rot », un terme désignant des personnages ou mèmes répétitifs, absurdes et très viraux sur TikTok.
[4] Pour en savoir plus, consultez l’article : Midjourney : les images générées par l’IA ne sont pas protégées par le droit d’auteur
[5] Pour en savoir plus, consultez l’article : Le nouveau rapport clarifie les règles des droits d’auteur américains pour l’art créé par l’AI et l’homme modifié par l’homme
