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Influence commerciale : comment la France encadre et sanctionne

Face à l’essor de l’influence commerciale et aux dérives constatées sur les réseaux sociaux, la France a engagé depuis 2023 un mouvement inédit de régulation. L’objectif : protéger les consommateurs, en particulier les plus jeunes, et responsabiliser les créateurs de contenus dont l’activité s’est professionnalisée.
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La France s’est dotée, le 9 juin 2023, de la loi n°2023-451 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives observées sur les réseaux sociaux. Cette loi constitue une avancée majeure dans la protection des consommateurs et dans la responsabilisation des créateurs de contenus. Ce texte définit l’influenceur comme « Toute personne physique ou morale qui, contre rémunération ou avantage en nature, mobilise son influence auprès de son audience pour promouvoir, en ligne, des biens, des services ou une cause quelconque. » Les influenceurs sont désormais soumis à des obligations légales précises, notamment :

  • l’identification claire des contenus sponsorisés ;
  • le respect des interdictions ou conditions de promotion (produits financiers, alcool, médicaments, jeux d’argent, etc.) ;
  • la transparence sur les partenariats commerciaux ;
  • le respect des règles relatives à la publicité trompeuse et à la protection des mineurs.

Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les autorités et la justice françaises multiplient les contrôles et les procédures afin d’assurer un encadrement effectif de ces pratiques.

Contrôles DGCCRF : renforcement des vérifications des influenceurs en France

La DGCCRF a mené plus de 300 contrôles entre 2022 et 2023, révélant que près de la moitié des influenceurs présentaient des irrégularités. Ces contrôles ont donné lieu à 35 avertissements pour manquements ponctuels, 81 injonctions de mise en conformité, et 35 suites pénales, soit 151 procédures sur 300 influenceurs contrôlés. Les infractions les plus fréquentes concernent :

  • les pratiques commerciales trompeuses (publicité dissimulée, fausses promesses de gains, etc.) ;
  • la promotion de produits ou services illicites (injections esthétiques non autorisées, placements financiers risqués, etc.).

Condamnations récentes d’influenceurs : panorama des décisions judiciaires 2024–2025

Malgré ces avertissements, les années 2024 et 2025 ont été marquées par une multiplication des condamnations d’influenceurs sur les plans pénal, civil et commercial. Ces décisions illustrent la détermination des juridictions françaises à faire respecter la loi.

Condamnations pénales d’influenceurs : sanctions prononcées pour infractions en ligne

DateInfluenceurInfraction principaleSanction prononcée
30 octobre 2025Willy DouglasOrganisation de manifestations sur la voie publique sans déclarationContrôle judiciaire + Interdiction de se rendre dans le quartier des Halles à Paris + Interdiction de publier sur TikTok
10 octobre 2025Maeva GhennamPratiques commerciales trompeuses (promesse de gains et collaborations non mentionnées)1 an de prison avec sursis + 150 000 € d’amende
3 octobre 2025Amine MojitoAgressions filmées (violences symboliques), piqures dans la rue avec une seringue vide12 mois de prison dont 6 fermes + 1 500 € d’amende + Interdiction de détenir ou de porter une arme pendant trois ans
8 juillet 2025Rym RenomCollaborations non mentionnées et promotion de produits illicites1 an de prison avec sursis probatoire de 18 mois + 25 000 € d’amende
Mai 2025Imad TintinMenaces de violences suite à des échanges en arabe sur les réseaux sociaux menaçant de « mettre le feu à la France »450 euros d’amende
28 avril 2025Yann L.Négationnisme et provocation publique à la haine (contestation des chambres à gaz durant la 2GM notamment)6 mois de prison avec sursis + 2 000 € d’amende
8 avril 2025Warda A.Provocation à la haine envers la communauté juive (déjà condamnée plus tôt pour avoir ironisé sur la mort d’un bébé israélien après le 7 octobre et avoir fait l’apologie du terrorisme).5 mois de prison avec sursis + 1000 euros de dommages et intérêts à chacune des 7 associations de parties civiles
28 mars 2025ROPMaltraitance animale (sévices graves et actes de cruauté)2 ans de prison ferme
6 mars 2025DoualemnProvocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit5 mois de prison avec sursis
24 février 2025Youssef AziriaProvocation à commettre un acte terroriste18 mois de prison ferme avec maintien en détention + interdiction de territoire pendant 10 ans
Début 2025Mohamed BdjPratiques commerciales trompeuses (promesse d’enrichissement rapide et de gains inexistants en échange de l’achat de NFT et de participation à des parties de jeu n’ayant jamais vu le jour)Transaction pénale : 150 000 €
4 mars 2024Anna RvrPromotion d’alcool en collaboration avec un industriel du vin (violation de la Loi Evin)3 000 € d’amende
Février 2024Influenceur non nomméIncitation à la violence (émeutes Nahel)12 mois de prison avec sursis probatoire + 240 heures de travaux d’intérêt général

Condamnations civiles : responsabilité des plateformes et retrait de contenus

Meta (Facebook et Instagram) a été condamnée le 7 avril 2025 par le tribunal judiciaire de Paris à retirer 26 contenus publiés par 13 influenceurs faisant la promotion d’alcool sans mentions sanitaires obligatoires (loi Evin). La plateforme a également été contrainte de communiquer les données des comptes concernés afin de permettre d’éventuelles poursuites individuelles.

Sanctions commerciales et administratives : actions de la DGCCRF contre les dérives de l’influence

DateAuteur de la décisionInfluenceur concernéFaits reprochésSanctions
2025DGCCRFJulien TantiPublicité trompeuse pour services financiers et promotion de plateformes de copy-trading et d’investissement dans l’or sans informer du partenariat rémunéréAmende (montant confidentiel) + Publication obligatoire du jugement sur son compte Instagram pendant 30 jours + Réalisation d’une vidéo pédagogique sur les risques du trading et des promesses financières trop belles pour être vraies
2024DGCCRF260 influenceurs contrôlésAnomalies dans 50 % des cas40 avertissements, 65 injonctions, 8 suites pénales

Mobilisation des plateformes : suspensions et bannissements pour non-respect des règles d’influence

Au-delà de la justice, les plateformes elles-mêmes appliquent désormais leurs propres politiques de conformité. Elles peuvent suspendre ou bannir les influenceurs qui contreviennent aux réglementations françaises et européennes. Par exemple :

PlateformeDateInfluenceurMotif de la suspension/bannissement
TikTok12 juin 2025Alex HitchensDiscours et comportements haineux, notamment envers les femmes
TikTok 

15 mai 2025

AD LaurentPratiques exposant directement des mineurs à des contenus sexualisés et dégradants (contenus « trash », sexualisés et shows dans des boites de nuit avec strip-teaseuses)
TikTok 

Avril 2025

OphenyaDérives sectaires et manipulation d’un public mineur créant une relation de codépendance (signalement Miviludes) + Promotion de l’application Crush mettant en lien facilement des pédocriminels et des personnes mineures (application ouverte aux jeunes de 10 à 21 ans) + Invitations de mineurs à l’écran lors de « lives » pourtant interdites

Affaires émergentes en 2026 : nouvelles enquêtes visant les dérives de l’influence

L’année 2026 s’annonce tout aussi mouvementée, avec de nouvelles enquêtes en cours visant plusieurs influenceurs :

  • Paffman, influenceur masculiniste, est poursuivi pour apologie de viol après avoir publiquement déclaré sur ses réseaux sociaux avoir outrepassé les 20 refus exprimés par sa partenaire d’avoir une relation sexuelle avec lui. Il encourt 5 ans de prison et 45 000 € d’amende.
  • L’influenceuse Océane Amsler fait l’objet d’une plainte pour promotion illégale d’alcool en violation de la loi Evin et incitation à la consommation d’alcool sans prévenir des dangers.
  • Orso, influenceur culinaire bordelais, est poursuivi pour diffamation à la suite de propos dénigrants et critiques sévères envers un restaurant du Cap Ferret (« Chez Orthense »), la vidéo en cause ayant généré plus de 600 000 vues en quelques jours avant d’être supprimée. Le restaurant demande 10 000 euros de dommages et intérêts.

Le dispositif législatif et répressif mis en place depuis 2023 traduit une volonté claire : rétablir la confiance numérique et protéger les consommateurs, en particulier les plus jeunes.
L’influence commerciale ne peut plus s’exercer en dehors du cadre du droit. Créateurs, agences d’influenceurs et plateformes doivent donc s’assurer de toujours être en conformité avec les règlementations nationales et européennes qui s’appliquent à eux.  Internet n’est pas une zone de non-droit. Les autorités françaises, la justice et les plateformes privées redoublent de vigilance pour garantir un environnement numérique éthique et respectueux des droits fondamentaux. À défaut, les sanctions — pénales, civiles, commerciales et numériques — continueront de tomber.

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