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Booking sanctionné : la fin des clauses abusives des plateformes ?

69,35 millions d'euros par jour. C'est le montant vertigineux de l'astreinte qui planait sur Booking.com cet été, tel un couperet suspendu au-dessus du géant de la réservation hôtelière.
Personne utilisant un smartphone devant un hôtel, illustrant la réservation en ligne et la fin des clauses abusives sur les plateformes de réservation.

Le 3 juillet 2025, la DGCCRF frappe fort et envoie un signal retentissant à l’ensemble de l’écosystème numérique : l’ère des clauses léonines imposées aux professionnels touche à sa fin.

Abus de pouvoir contractuel des plateformes

Pendant des années, les hôteliers français ont subi en silence. Réduction unilatérale des prix, augmentation arbitraire des commissions, modification des conditions sans concertation… Booking.com s’arrogeait un pouvoir disproportionné sur ses partenaires, exploitant un rapport de force aussi évident qu’inéquitable. Les clauses manifestement déséquilibrées « au détriment des hôteliers français » : voilà comment la DGCCRF qualifie ces pratiques, fruit d’une enquête approfondie qui a mis au jour des mécanismes profondément contestables.

L’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie) sonnait l’alarme depuis longtemps déjà, dénonçant des conditions générales imposées unilatéralement, des clauses abusives ou illicites touchant la résiliation, les réservations, ou encore la liberté commerciale des établissements. Mais c’est désormais l’ensemble du secteur qui tremble : cette mise en garde ne vise pas une plateforme isolée, elle interpelle toute l’industrie de l’intermédiation en ligne.

Révision des conditions générales de Booking.com

Confrontée à l’ultimatum des autorités, Booking.com s’est résignée à infléchir sa trajectoire. L’échéance initialement fixée au 31 décembre 2025 a été négociée jusqu’au 31 janvier 2026 – un sursis accordé du bout des lèvres. Le bilan : 44 clauses contractuelles révisées, désormais en vigueur depuis le 29 janvier 2026.

Le dossier, toutefois, demeure béant. À Amsterdam, pas moins de 10 000 hôteliers ont conjugué leurs forces en juin 2024 pour engager une action collective contre la plateforme. Le grief invoqué : un préjudice économique évalué à plusieurs centaines de millions d’euros, imputable à des politiques tarifaires jugées abusives. Si Booking.com a rectifié le tir, le passif demeure considérable et la confiance des professionnels, durablement ébranlée.

Vers un contrôle renforcé des pratiques contractuelles

Cette affaire ouvre une faille juridique majeure dans l’édifice numérique européen. Toute plateforme déployant des mécanismes analogues sur le territoire de l’Union devrait désormais mesurer l’étendue du risque encouru. Le règlement européen 2019/1150 ne relève pas de l’incantation réglementaire : il constitue un arsenal contraignant, dont la DGCCRF vient de démontrer qu’elle maîtrise parfaitement le maniement.

Il ne s’agit plus de savoir si d’autres plateformes seront inquiétées, mais quand. Airbnb, Expedia, TripAdvisor… Tous ces géants ayant bâti leur prospérité sur l’exploitation d’une asymétrie informationnelle et la dépendance captive des professionnels gagneraient à anticiper cette évolution. Car au-delà de la sanction pécuniaire, c’est une métamorphose paradigmatique qui s’annonce : le temps où les plateformes édictaient souverainement leurs conditions appartient désormais au passé.

DGCCRF et régulation des plateformes : vers un rééquilibrage des relations

La DGCCRF réaffirme avec opportunité sa vocation : restaurer un équilibre sain lorsqu’un déséquilibre structurel de pouvoir altère les relations entre acteurs économiques. Cette intervention transcende la simple victoire symbolique pour les professionnels de l’hôtellerie. Elle consacre un tournant dans la régulation de l’économie numérique européenne, établissant que la puissance technologique ne saurait légitimer l’abus de position dominante.

Pour les acteurs du tourisme comme pour l’ensemble des professionnels assujettis aux plateformes numériques, le message résonne avec clarté : le droit n’a pas abdiqué face à l’algorithme. Reste à observer si cette jurisprudence saura essaimer vers d’autres secteurs où perdure un déséquilibre contractuel systémique – du commerce électronique à la livraison de repas, en passant par le transport de personnes.

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Le cabinet HAAS Avocats est spécialisé depuis trente ans en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. Il accompagne les acteurs du numérique face à leurs problématiques diverses en la matière, aussi bien en précontentieux qu’en contentieux. Dans un monde incertain, choisissez de vous faire accompagner par un cabinet d’avocats fiables. Pour nous contacter, cliquez ici