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TikTok accusé de mécanismes addictifs pour les mineurs au titre du DSA

Lancé en 2017, TikTok est aujourd’hui l’un des réseaux sociaux les plus puissants au monde, avec plus d’un milliard d’utilisateurs, dont plus de 20 millions en France [1].
TikTok accusé de mécanismes addictifs pour les mineurs au titre du DSA

Selon une étude récente, 27 % des enfants âgés de 11 à 12 ans déclarent utiliser régulièrement l’application[2].

Or, de nombreuses études scientifiques, ainsi que la Commission d’enquête parlementaire « TikTok et les mineurs » (Assemblée nationale et Sénat, 4 septembre 2025), ont mis en évidence les risques significatifs que la plateforme ferait peser sur les mineurs.

TikTok et les mineurs : contenus dangereux et mécanismes addictifs de la plateforme

Il est désormais largement documenté que TikTok expose les jeunes utilisateurs à des contenus particulièrement problématiques :

  • apologie du suicide et de l’automutilation ;
  • promotion de troubles du comportement alimentaire (mouvements « pro-ana ») ;
  • diffusion de canons de beauté irréalistes ;
  • désinformation médicale ;
  • contenus violents ou choquants.

Le culte de la minceur, notamment à travers certains courants « pro-ana », est régulièrement associé à l’apparition ou à l’aggravation de troubles tels que l’anorexie et la boulimie chez les adolescents. Les témoignages en ce sens de victimes et de familles se multiplient.

Au-delà des contenus, c’est la conception même du service qui est mise en cause. L’application repose notamment sur :

  • un défilement infini (« infinite scroll ») ;
  • une lecture automatique des vidéos ;
  • des recommandations hyperpersonnalisées fondées sur des algorithmes particulièrement performants ;
  • des notifications push fréquentes ;
  • une modération jugée insuffisante au regard des volumes diffusés.

Ces mécanismes sont susceptibles de favoriser une utilisation compulsive, en captant durablement l’attention des mineurs, au détriment de leur bien-être et de leur santé physique et mentale.

L’intervention de la Commission européenne sur le fondement du DSA

Sur la base de ces constats, la Commission européenne a ouvert, en février 2024, une enquête formelle à l’encontre de TikTok au titre du Règlement sur les services numériques (Digital Services Act – DSA)[3].

Dans une communication du 6 février 2026, la Commission européenne a conclu, à titre préliminaire, que TikTok ne respecte pas ses obligations, en raison de la conception addictive de son interface.

DSA : les manquements reprochés à TikTok par la Commission européenne

L’enquête formelle ouverte en février 2024 met en lumière deux séries de manquements distincts au DSA.

Une évaluation insuffisante des risques pour la santé mentale des mineurs

Le DSA impose aux très grandes plateformes en ligne (VLOPs) de procéder à une évaluation rigoureuse des risques systèmatiques liés à leurs services, notamment en ce qui concerne la protection des mineurs.

La Commission estime que TikTok n’aurait pas correctement évalué l’impact de ses fonctionnalités sur le bien-être physique et mental de ses utilisateurs, notamment les mineurs et les adultes vulnérables.

Des indicateurs clés d‘utilisation compulsive ont été ignorés, tels que le temps passé sur l’application la nuit ou la fréquence d’ouverture quotidienne.

En « récompensant » constamment l’utilisateur par des contenus courts et personnalisés, ces mécanismes placent le cerveau en mode « pilote automatique » et génèrent des comportements compulsifs.

DSA : des mesures de protection des mineurs jugées insuffisantes par la Commission

Le DSA impose également la mise en œuvre de mesures d’atténuation proportionnées aux risques identifiés.

Or, les outils de gestion du temps d’écran et de contrôle parental proposés par TikTok sont jugés faciles à contourner et insuffisamment dissuasifs.

La Commission exige des mesures plus structurelles, telles que :

  • La désactivation ou la limitation du défilement infini ;
  • La mise en place d’interruptions effectives de temps d’écran ; et,
  • Une adaptation du système de recommandations algorithmiques.

Quels risques pour TikTok et quelles leçons pour les plateformes ?

Si les conclusions préliminaires sont confirmées à l’issue de la procédure, TikTok s’expose à des sanctions significatives. L’affaire pourrait ainsi valoir d’avertissement pour tous les opérateurs de plateformes numériques.

Une amende pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires mondial

Conformément au DSA, une décision de manquement exposerait TikTok à une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires annuel mondial, proportionnée à la nature, à la gravité et à la durée de l’infraction.

Un précédent majeur pour la régulation des plateformes numériques en Europe

Au-delà du cas TikTok, cette procédure constitue un signal fort à destination de l’ensemble des plateformes opérant au sein de l’Union européenne :

  • réseaux sociaux ;
  • plateformes de streaming ;
  • applications de jeux ;
  • services intégrant des mécanismes de recommandation ou de gamification.

Toutes doivent désormais intégrer, dans leur conception même (« safety by design »), les exigences du DSA en matière de protection des mineurs et de prévention des risques systémiques.

L’affaire TikTok pourrait ainsi marquer une étape décisive dans la régulation des architectures numériques dites « captatrices d’attention » et renforcer l’exigence d’une responsabilité accrue des plateformes vis-à-vis des publics les plus vulnérables.

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[1] O. Herrero, Le système TikTok, Comment la plateforme chinoise modèle nos vies, éditions du Rocher, 2023.

[2] Heaven x xerfi – IDM, septembre 2025, n=200, enfants de 11 & 12 ans.

[3] Règlement sur les services numériques (DSA) du 19 octobre 2022.